Lors du conseil des ministres du 2 février 2011, le gouvernement
confirme son intention de déposer rapidement devant l'Assemblée
nationale un projet de loi de révision constitutionnelle réformant le
pilotage des finances publiques. L'objectif de cette réforme organique
et constitutionnelle est d'imposer aux lois de finances et aux lois de
financement de la sécurité sociale de rentrer dans le cadre contraint du
pacte de stabilité et de croissance (PSC) européen et d'organiser
formellement la façon dont le Parlement devra s'y tenir chaque année,
avant son envoi à Bruxelles.
Pour FORCE OUVRIERE, graver ainsi dans le marbre constitutionnel une
règle stricte de retour ou de maintien à un équilibre des finances
publiques est aberrant :
Cela revient à imposer encore un peu plus les normes et le dogme du
PSC dont la crise vient pourtant de montrer qu'il n'a plus lieu d'être,
ni sur le principe, ni sur les « bornes ». Aucune théorie économique
n'érige l'exigence d'un équilibre budgétaire comme une norme. Au
contraire, la norme ne saurait être une règle ou une politique, tant la
réalité de la mondialisation et la brutalité du capitalisme et des
politiques ultralibérales nécessitent des adaptations sociales
permanentes.
Imposer dans la Constitution, le respect d'une trajectoire de retour
vers l'équilibre budgétaire (dicté par un PSC contestable) revient à
interdire à un gouvernement et au parlement, de façon pluriannuelle, de
mettre en œuvre des politiques publiques (anciennes ou nouvelles) en en
budgétant annuellement les moyens.
Ce serait donc un déni de démocratie et une attaque sans précédent
contre les fondements de notre République. La consultation du Parlement
sur des engagements européens acceptables peut parfaitement s'organiser
sans être ajoutée à la Constitution.
Le partage entre les parts structurelle et conjoncturelle du déficit est
impossible à calibrer. Les situations d'urgence ou de crises
(financières, économiques, naturelles, climatiques, de conflits
armés,...) imposent des réponses souvent exceptionnelles qui perturbent
évidemment la frontière entre « structurel » et « conjoncturel ».
L'exemple de la crise mondiale toujours active montre que ce sont des
facteurs externes qu'un gouvernement ne peut anticiper qui conduisent au
plus haut niveau d'endettement.
Enfin, FO n'a de cesse de rappeler que les dépenses publiques sont
vertueuses et nécessaires, y compris pour créer de la croissance
potentielle, de l'emploi, de l'attractivité, pour lutter contre les
inégalités, ou encore pour éviter un endettement privé massif (des
entreprises et des particuliers).
Cette nouvelle mesure du gouvernement viendrait « constitutionnaliser la
rigueur », au risque de la rendre permanente, pour donner de nouveaux
gages aux marchés financiers. FO y est opposée.
Paris, le 2 février 2011