C'est la complainte souvent entendue des automobilistes - bloqués pendant des heures par la neige - qui ne comprennent pas pourquoi les routes ne sont pas salées ou déneigées. Il faut savoir que depuis 2007, le ministère de l'Equipement ne répond plus suite à sa fusion avec les ex ministères de l'écologie et industrie. Les Directions Départementales de l'Equipement qui composaient son maillage territorial, et assuraient des missions de sécurité, ont aussi disparu suite au transfert de ses 30 000 agents aux collectivités territoriales. Les directions départementales des services de l'Etat (DDE - DDAF - DDASS etc.) sont depuis le 1er janvier 2010 transformées en services préfectoraux, donc sous tutelle du préfet. Les réorganisations permanentes des services toujours en chantier suite aux suppressions d'effectifs contribuent à l'absence de visibilité pour aboutir à une sorte de carence des services publics territoriaux.

Le seul embryon d'Etat restant, sont les Directions Interdépartementales des Routes qui gèrent les 11 000 km de routes nationales classées et baptisées, excusez du peu, réseau d'excellence. Les Directions Interdépartementales des Routes doivent faire face au titre de 2011 d'une baisse de 30% de crédits sur l'entretien et l'exploitation ! Ceci se traduit par l'abandon du déneigement de certaines parties de la voirie (1 voie déneigée sur 2), par l'arrêt de l'éclairage des routes en zone urbaine et périurbaine, par une baisse de la fréquence des patrouilles de sécurité et de prévention, par un entretien réduit de la voirie, par une absence de coordination entre les services publics compétents de l'Etat et des Conseils Généraux !

Comme le rappelle Pascal Pavageau, secrétaire confédéral FO, dans son analyse sur les premiers impacts concrets de la RGPP, avec la suppression de l'Ingénierie publique de l'Etat (ex DDE et ex DDAF notamment) les collectivités territoriales sont maintenant privées d'aides, de conseils, d'assistance technique et de solidarité pour leurs projets d'aménagement locaux.

Ne pouvant plus compter sur les services de l'Etat ni sur leurs conseils en toute neutralité ou leurs partenariats, les collectivités territoriales n'ont d'autre possibilité que de se tourner vers des sociétés privées. Ce qui débouche trop souvent sur des abus de position dominante en savoir-faire technique déjà rencontrés et dénoncés sur l'alimentation en eau potable, l'assainissement, l'éclairage public, l'énergie et la collecte et le traitement des déchets par exemple, abus qui se généraliseront à tous leurs nouveaux domaines de compétences. La fiscalité locale n'a pas manqué de s'aggraver car elle a augmenté les inégalités entre les collectivités mais aussi sur tout le territoire en grevant encore un peu plus le pouvoir d'achat des citoyens.

La prévention et la gestion des risques (en particulier inondation) sont durement touchées, l'Etat ayant abandonné ses compétences, ses aides financières de gestion et de travaux hydrauliques et sa présence territoriale d'ingénierie et de conseil. Les catastrophes de 2010 (tempête Xynthia, inondations dans le Var, crues) en sont une illustration dramatique. La désertification départementale de l'Etat mise en œuvre par la RGPP est la principale responsable d'une aggravation des conséquences de ces catastrophes.

Il en résulte donc :
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      • Un éloignement géographique et fonctionnel des services publics et du citoyen,
      • Des missions publiques privatisées ou abandonnées,
      • La transformation du service public gratuit et solidaire en des services payants pour les usagers-clients,
      • Le passage de l'égalité républicaine pour chaque citoyen à une inégalité généralisée en fonction des ressources du client.

Ces mesures, conséquences des choix budgétaires gouvernementaux et des réformes en vigueur attaquant le service public - comme les 524 décisions de la RGPP - sont inacceptables.

Il n'est pas excessif que d'affirmer qu'elles conduisent à des drames en mettant en péril la sécurité des usagers ainsi que celle des agents publics.

Pour 2011, le démantèlement des services et des missions se poursuit avec les restructurations et réorganisations des services publics qui s'amplifient. On annonce déjà la RGPP3.

Le projet de gestion des ressources humaines du ministère se met en place en catimini dans les services. Les secrétaires généraux des services sont sommés de définir et d'établir en ce moment la liste des postes supprimés ou requalifiés et y inscrivent les noms des agents concernés. 10 300 agents soit 1 sur 6 vont subir des mobilités géographiques imposées et des requalifications de postes conduisant à des frais supplémentaires de déplacement et à une diminution de leurs rémunérations. Cette mobilité entraîne de lourdes conséquences sur leur vie professionnelle et des bouleversements sur leur vie familiale car si l'agent refuse, la loi sur la mobilité lui sera appliquée pleinement ce qui, rappelons-le, pourra se traduire par un licenciement après 3 refus.

Ce plan de démantèlement est le clone de France Télécom avec ses terribles conséquences.

Charlie Pesce